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Intervention de Maître Viviane GELLES à la conférence sur « L’édition numérique et le droit à l’image ».

Ce mardi 11 septembre 2018, Maître Viviane GELLES aura le plaisir d’animer une conférence sur « L’édition numérique et le droit à l’image » au sein de l’Université d’Artois.

Utiliser une statue antique dans une pub : possible?

L’utilisation d’une statue antique dans une publicité soulève les problématiques suivantes :

1. L’oeuvre en question est-elle protégée par le droit d’auteur?

Il s’agira tout d’abord de vérifier, en fonction de la statue convoitée, si son auteur est décédé il y a plus de 70 ans. Dans une telle hypothèse, ladite sculpture appartiendrait alors au domaine
public, et son exploitation commerciale serait permise sans solliciter d’autorisation particulière.

Toutefois, les droits moraux de l’auteur sont imprescriptibles, et continuent donc de s’appliquer après cette période. Notamment, le droit de paternité, qui garantit à l’auteur le respect de son nom (ou de son anonymat), et le droit à l’intégrité de l’œuvre, qui s’oppose à toute modification susceptible de dénaturer son œuvre.
Il est précisé que seuls les ayants-droits de l’auteur pourraient agir sur ce fondement.

Il y a donc lieu de faire attention à mentionner le nom de l’auteur de
la sculpture et à ne pas porter atteinte à l’oeuvre (en la ridiculisant
par exemple).

A titre d’illustration de cette hypothèse, la cour d’appel de Paris a
considéré, le 19 juin 2015, que l’utilisation publicitaire d’une statue
représentant Winston Churchill, revêtue d’un maillot de l’équipe de France
de Basket sur lequel la marque « Nike » avait été apposée, constituait un
détournement et une dénaturation de l’oeuvre.

2. La statue est-elle protégée par le droit à l’image?

S’agissant de la personne représentée sur le buste (Napoléon par exemple) : en droit français, le droit à l’image n’est pas transmissible aux héritiers.

Par conséquent, si la personne représentée sur le buste est décédée, le droit à l’image ne pourra pas être invoqué.

En revanche, les ayants-droits peuvent invoquer un préjudice moral personnel, par exemple en cas d’atteinte à la mémoire du mort ou du respect qui lui est dû.

S’agissant de l’image du bien à proprement parler : le propriétaire  peut s’opposer à l’utilisation de l’image de son bien par un tiers lorsqu’elle lui cause un trouble anormal (ce droit a été consacré par la Cour de Cassation le 7 mai 2004).

Par exemple, un trouble anormal avait été caractérisé dans le cas de souvenirs reproduisant l’image d’un navire, mais de mauvaise qualité, et sur lesquels l’image était sommairement figurée voire déformée.

La cour d’appel d’Orléans avait alors considéré que l’utilisation d’une image dévalorisée du navire constituait un trouble anormal à la propriété de la société propriétaire du navire (10 novembre 2005).

Enfin, il y aura lieu de s’ assurer que le buste en question n’appartient pas au domaine public mobilier et notamment s’il appartient à la collection d’un musée. Dans ce cas, une autorisation devra alors être sollicitée.

Voir sous les jupes des filles : c’est fini…

Le projet de loi de lutte contre les violences sexuelles et sexistes déposé en mars 2018 s’est enrichi d’un nouvel amendement, destiné à permettre de sanctionner « la captation d’images impudiques ». Parfois désignée sous le terme de « upskirting », la pratique consistant à filmer ou photographier sous les jupes des filles trouverait ainsi une qualification pénale adaptée. Jusqu’ici, les plaideurs tentaient d’en passer par l’agression sexuelle, l’atteinte à la vie privée, les violences… le plus souvent sans beaucoup de succès. En écho à d’autres législations européennes, la France disposera, si l’amendement est retenu, d’un levier pénal pour poursuivre ce type d’agissements.

Le droit à l’image des personnes filmées, panorama de jurisprudence

L’utilisation des réseaux sociaux met la photographie et la vidéo au cœur de nos échanges. Se pose de façon omniprésente, la question du droit à l’image des personnes filmées.

I/ PRINCIPE DU CONSENTEMENT EXPRÈS

De façon constante, les Tribunaux rappellent que l’acceptation de la personne à la diffusion de son image doit être expresse (CA Paris 22/03/1999, CA Versailles 21/03/2002…).

Toutefois, le consentement peut être tacite dans certaines circonstances.

II/ EXCEPTION DU CONSENTEMENT TACITE

Si la personne a conscience d’être filmée et ne s’y est pas opposé, les Tribunaux reconnaissent un consentement tacite de cette captation.

Ainsi, en 2006, dans le cadre d’un reportage télévisé sur M6 consacré aux chauffeurs de taxi, la Cour de Cassation a estimé que « le consentement à la diffusion d’images de la personne ou de faits de sa vie privée peut être tacite ».

Elle a retenu que l’intéressé « avait autorisé en toute connaissance de cause la captation de ses traits aux fins de télédiffusion sur M6 et s’était prêté de bonne grâce à toutes les séquences du film (…) » (Cour de Cassation. 1ère. 07/03/2006).

En 2008, dans le cadre du film « Être et Avoir » pour lequel un instituteur a été filmé pendant ses cours, la Cour de Cassation est allée encore plus loin en reconnaissant le consentement tacite de l’instituteur à la diffusion de son image « sous quelque forme que ce soit ».

Elle estime que l’instituteur « n’ignorait pas que le documentaire était destiné à faire l’objet d’une exploitation commerciale, peu en important la forme, et qu’il a accepté, en toute connaissance de cause de participer activement aux différentes opérations de promotion du film », ce dont la Cour d’appel a justement déduit que « par son comportement, l’intéressé avait tacitement mais sans équivoque consenti à la diffusion de son image sous quelque forme que ce soit dès lors que cette diffusion était directement rattachée au film » (Cour de Cassation. 1ère.13/11/2008).

Toutefois, cela suppose que la personne filmée soit informée de l’usage projeté. Son consentement doit être complet.

Comme l’a souligné, la Cour de Cassation en 2008, l’instituteur n’ignorait pas que le documentaire était destiné à faire l’objet d’une exploitation commerciale et a accepté de faire la promotion du film.

De même, en 2006, la personne filmée avait accepté en toute connaissance de cause la captation de son image en sachant que celle-ci serait utilisée dans le cadre d’un documentaire.

En conséquence, la personne filmée doit avoir été informée de l’usage qui serait fait ultérieurement de ces images (TGI Paris 18/05/2009 dans le cadre d’un documentaire sur les médecins urgentistes à l’occasion duquel des journalistes ont filmé l’accouchement d’une jeune fille accompagnée de sa mère alors même qu’elle avait refusé d’être filmée).

Cette exception se déduit des circonstances de fait et suppose une analyse concrète de la situation en question.

A titre d’illustration, un individu filmé chez lui prétend n’avoir pas consenti à être filmé et à la diffusion du reportage. Pourtant, la Cour a considéré que son consentement tacite ressort du fait « qu’il a lui-même guidé l’équipe de tournage dans son appartement, qu’il n’a pas tenu compte des protestations de sa femme, profitant au contraire de la présence des caméras pour expliquer sa bonne foi et les raisons pour lesquelles il n’avait pu payer sa dette. Enfin, il n’a jamais manifesté son refus de voir son image diffusée et ses propos relayés avant la date de diffusion du reportage » (CA Toulouse 31/03/2009).

Dans une autre affaire, le Tribunal a estimé que le demandeur savait que le reportage était réalisé pour la télévision et a accepté de s’exprimer devant la caméra : « il s’en déduit qu’en acceptant de prendre la parole, en tout état de cause publiquement en présence d’une foule nombreuse […], devant la caméra tournant un reportage pour une télévision française, le demandeur a donné une autorisation implicite, mais certaine, d’utilisation de son image » (TGI Paris 05/12/2007).

Ou encore, des personnes filmées en boîte de nuit pour un reportage sur la communauté homosexuelle n’ont pas à donner leur consentement exprès si les sociétés organisatrices de la soirée ont averti les clients de la présence d’une équipe de télévision faisant un reportage (TGI Nanterre 15/09/2004).

Néanmoins, la charge de la preuve du consentement repose sur l’exploitant du film.

Il appartient à celui qui exploite le film ou qui publie une photographie de prouver que l’intéressé avait donné son consentement (CA Paris 05/06/1979, CA Versailles 04/11/1999, TGI Paris 22/09/1999, CA Toulouse 05/09/2002). 

C’est à celui qui se prévaut d’une autorisation d’en rapporter la preuve, « il n’appartient pas à l’appelante de rapporter la preuve d’un usage non autorisé de son image mais à la société de presse de justifier des droits d’utilisation de cette image » (CA Aix-en-Provence 11/01/2005).

C’est à la société qui diffuse des photographies de prouver le droit d’utilisation de l’image du mannequin même si le consentement était tacite (Cour de Cassation. 2ème. 04/11/2004).

En conclusion, il peut être dérogé à la règle du consentement écrit selon les circonstances de l’avant tournage et du tournage en lui-même.

L’image : Une question de droit, un droit à la question, 24/04/2014, Faculté des Sciences Juridiques Politiques et Sociales

Invitation conférence

J’aurai le plaisir d’intervenir lors d’une conférence, le jeudi 24 avril 2014 de 18h30 à 21h00.

Le thème principal sera : 

L’image : Une question de droit, un droit à la question. 

Les principaux thèmes abordés seront :

Ai-je le droit de photographier des gens dans la rue si mon but est d’exposer ?
Le droit à l’image d’une personne est-il applicable lors de manifestations publiques (événement sportif, carnaval, manifestation de rue…) ?
La création artistique prévaut-elle sur le droit à l’image ?
Peut-on imposer à un photographe d’effacer une image et que faire si quelqu’un exige qu’on détruise une photo qu’on a prise ?
Peut-on prendre des photos de mineurs ?
Quelles différences y a-t-il entre le Royaume-Uni, la France (et les autres membres de l’UE), et les États-Unis? Et le Japon… ?
Puis-je publier/exposer une photo qui comporte une marque (ex: une canette de coca-cola sur une table, une personne devant un magasin etc); ou dois-je la floutée ou demander l’autorisation à la marque ?
Peut-on photographier des policiers dans n’importe quels événements ?
Ai-je le droit de photographier un animal accompagné de son maître sans photographier le maître ?

Lieu : Amphithéâtre CASSIN – Faculté des Sciences Juridiques Politiques et Sociales – Université Lille 2 – 1 Place Déliot à LILLE (59000). 

"Max Mosley contre Google".

Retrouvez notre article en suivant le lien:
max-mosley-ebats-sadomasos-google-code-est-roi-245566

Vie privée, contours de l'atteinte

Une personne a introduit une action en justice pour atteinte portée au droit à son image.
Elle prétendait, en effet, qu’une société exploitant une marque de sucre avait, à l’occasion d’une campagne commerciale dite « Année du Brésil », fait figurer, sans son autorisation, sur l’emballage de morceau de sucre, reproduit par ailleurs sur son site Internet, une photographie de sa personne, réalisée alors qu’elle avait prêté son concours à une troupe de danse lors de spectacles sur le même thème.
La Cour d’appel puis la Cour de cassation l’ont débouté de sa demande, dans un arrêt de la Cour de cassation du 5 avril 2012, considérant, qu’étant donné la très petite taille du visage litigieux, sur une vignette occupant seulement la plus grande face d’un morceau de sucre, et la mauvaise définition générale de l’image, la personne représentée était insusceptible d’identification.
Ainsi, aucune atteinte à l’image n’était donc constituée.